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Garde alternée, vraiment une bonne solution ?

Mon titre parait un peu furieux… C’est possible, mais ça ne change pas ce qui est, pour moi, le fond du problème.

La GARDE ALTERNEE

Créée en 2002, elle est destinée à favoriser l’égalité parentale en cas de divorce. Ainsi, l’enfant voit de manière égale son papa et sa maman.

Elle est présentée comme une bonne alternative, et aussi comme un moyen de moins se « déchirer » lors du jugement. Dans la quasi totalité des cas, l’enfant vivra une semaine chez papa, une semaine chez maman, et l’équilibre sera respecté. Les « associations de papas » en sont friandes, car en général, en cas de divorce, l’enfant est quasiment systématiquement confié à la garde de la mère. Donc la garde alternée apparait comme une solution « salvatrice » qui permettra à l’enfant de s’épanouir entre ses deux parents, en alternance. Et les parents ne seront pas lésés. En théorie.

Comment ça fonctionne ?

  • Juridiquement :

En général, la garde est donc fixée de manière égale, entre les deux parents, à raison d’une semaine chacun (le jour de « restitution » <– c’est moche hein ? est fixé lors du jugement). Les vacances scolaires (petites ou grandes) sont généralement divisées comme lors d’une garde exclusive, à raison de la moitié pour chaque parent (périodes définies également lors du jugement). Idem pour Noël et le jour de l’an. L’autorité parentale reste inchangée et incombe aux deux parents.

  • Financièrement :

Au niveau des impôts, je vous laisse jeter un oeil sur ce tableau, établi par le site officiel de impôts.

Tableau indicatif du nombre de parts

Concernant les allocations familiales , un des parents, généralement celui qui était déjà allocataire, reste allocataire principal, et les allocations familiales concernant l’enfant sont versées pour moitié à un parent, et l’autre au second parent. La prime de rentrée scolaire, si le parent est éligible, est quant à elle versée en intégralité à l’allocataire principal. (Cela soulève déjà un problème, car en cas de mésentente, l’autre parent ne voit pas la couleur de la prime, qui, en toute logique, devrait être partagée également.)

Les frais de scolarité sont également à charge égale des deux parents. L’institution scolaire, même si la garde alternée devient assez courante, a encore du mal à gérer les modes de paiement de garderie, cantine, internat… Généralement un seul de parents est désigné comme « payeur » et reçoit les factures. (Il faut ensuite souhaiter que l’ex conjoint veuille bien régler sa part ! )

Les frais de vie courante sont gérés par les parents eux mêmes, au gré des besoins de l’enfant. En théorie, les frais d’entretien de l’enfant sont partagés, et il n’y a pas lieu de verser de pension alimentaire. Le Juge des Affaires Familiales (JAF) peut néanmoins décider d’un versement de pension alimentaire dans le cas où il y a une nette différence de revenus, et dans le cas où un des parents assume seul certains frais (scolarité, cantine, transports, activités extra scolaires….)

 

Du côté des adultes

  • La garde alternée implique que vous viviez assez proches l’un de l’autre, puisque l’enfant ne peut pas fréquenter deux écoles par exemple. Résultat : Vous avez en permanence l’ombre de votre ex-conjoint au dessus de la tête, il n’y a pas de vraie « coupure ». Si vous vous entendez super bien, parfait, mais s’il y a des divergences, quelles qu’elles soient, c’est compliqué à vivre.
  • Idem pour les projets de déménagement, refaire sa vie ailleurs. Impossible si vous êtes en garde alternée. Vous êtes coincé là où vous êtes. Point. Quand l’enfant grandit, il peut choisir de se faire entendre sur son souhait de garde, mais par peur de décevoir, ou par crainte de perturber un mode de vie auquel il se sera plus ou moins habitué, il n’osera peu- être pas faire la démarche.
  • Vous refaites votre vie, un nouveau conjoint, des nouveaux enfants ? Cela implique de la part de votre nouveau conjoint qu’il accepte bien ce mode de vie (voir votre ex toutes les semaines…par exemple) Parlons des nouveaux enfants, à qui vous devrez expliquer pourquoi ils ne voient pas leurs frères/soeurs de manière continue. Bien sûr ils finiront par s’y faire, mais ce n’est pas évident au départ.

 

Et l’enfant alors ?

Et c’est là, qu’à mon avis, la garde alternée a ses limites ! On pense bien faire en mettant en place ce système, et pourtant, moi qui suis en garde alternée depuis maintenant 11 ans, je n’aurais qu’une seule envie : faire machine arrière et surtout, surtout ne pas faire ce choix !

 

(Attention ,dans ce qui va suivre, je ne prends absolument pas partie en faveur de tel ou tel parent, ce que je dis s’applique aux mamans comme aux papas)

 

  • L’enfant se retrouve donc coincé entre 2 maisons, il doit faire CHAQUE SEMAINE sa valise, pour transporter ses vêtements, chaussures (pour peu que l’un ou l’autre des parents n’assume pas vraiment de frais d’entretien), pour apporter ses affaires personnelles, scolaires. C’est un voyage permanent, l’enfant n’a clairement pas l’impression d’appartenir à une « famille » stable, ni d’avoir réellement de maison.
  • Dans son malheur, il trouve une compensation : Double anniversaire, Noël…. Oui mais… Si l’anniversaire d’un des parents, par exemple, ou n’importe quel proche tombe une semaine où il est chez l’autre parent, il sera frustré. Dans le meilleur des cas, le parent chez qui se trouve l’enfant peut faire une concession et le laisser profiter de la fête, sinon…il devra attendre la semaine d’après.
  • Si les parents s’entendent sur des modifications de semaine, pour arranger untel ou untel, l’enfant se retrouve balloté d’une maison à l’autre, perturbé dans le planning interne qu’il s’est construit, pour finir par ne plus savoir dans quelle « maison » il va rentrer à la fin de sa journée.
  • Il y aura invariablement des discordes chez les parents : Différences sur les modes d’éducation, de droit de sorties, autorisation de voyage, voire même coupe de cheveux… Et l’enfant se retrouve à prier pour que son projet tombe la semaine où il est chez le parent qui lui accordera une permission. Ou se lâcher totalement, se libérer des interdictions, en arrivant chez le parent le moins « sévère », quitte à lui en faire baver.
  • Le risque est grand de voir apparaitre des tentatives d’aliénation parentale . Ce n’est déjà pas évident pour l’enfant en cas de garde exclusive, mais en garde alternée, il doit le subir tout au long de la semaine. Aussi, quand il revient chez l’autre parent, il se « décharge » . Consulter un pédopsychiatre peut s’avérer utile (Et il n’y a aucune honte à ça). Néanmoins si l’aliénation parentale est avérée, là c’est le JAF qu’il faut consulter !
  • Pour peu que les parents ne s’entendent pas du tout et se refusent l’accès aux maisons respectives, il faudra définir un lieu de « restitution »…pas glamour la gendarmerie pour un enfant.

 

 

En conclusion

 

Quel que soit le mode de garde choisi, le divorce est une expérience traumatisante et déstabilisante pour les enfants. Mais pour X raisons, si on doit en passer par là, je déconseille vivement la garde alternée, qui n’apporte que du déséquilibre et de incertitudes à l’enfant. Il n’y a pas de sérénité, si tant est qu’une sérénité puisse être installée dans un divorce.  En pensant faire « au mieux »,on se met encore plus l’enfant en situation précaire.

Mais ce n’est que mon avis 🙂

 

 

Crédits photos :

www.ouest-france.fr

https://canalordinaire.wordpress.com

Maman de 4, overbookée, active ,et make up addict ! Billets d'humeurs, d'humour, coups de coeur et découvertes

3 Comments

  • Maman Lempicka

    J’avais lu un article à l’époque qui expliquait que la garde alternée était totalement délétère pour les tout-petits, mais tu mets en lumière d’autres problématiques auxquelles je n’avais pas songé…

  • petitsruisseauxgrandesrivieres

    Je prends la parole en temps que défenseuse de la garde alternée 🙂

    en préambule, il est clair que :
    1/ si les parents se tirent dans les pattes, c’est voué à l’échec;
    2/ Cela demande de savoir avaler beaucoup de couleuvres, surtout quand la séparation est fraîche;
    3/ c’est un investissement financier car pour éviter que l’enfant ne se trimballe sa maison sur le dos, il faut acheter bcp de choses en double;
    4/ c’est une contrainte géographique majeure pour les parents, ligotés tous les 2 à équidistance de l’école.

    Je pratique la garde alternée pour ma fille aînée depuis 10 ans maintenant. Ce n’est pas la meilleure solution, mais c’est la moins mauvaise. Jamais nous n’avons fêté un anniversaire ou un Noël sans attendre que tous nos enfants soient présents. Nous avons avec son père, après avoir fait beaucoup d’efforts, construit des relations apaisées. Nous habitons à 10 minutes à pieds l’un de l’autre. Elle sait que nous sommes un couple parental, qui se téléphone régulièrement à son sujet. Les décisions sont prises à deux. C’est l’avantage de la garde alternée, que d’obliger les parents au dialogue.

    Pourquoi cela marche chez nous ? parce que nous avons toujours pensé à elle, d’abord et avant tout, et pas à nos désaccords. Nous sommes ouverts à ses souhaits de changements, son besoin de plus de temps chez papa ou maman, et notre planning est ultra-souple pour elle. Peut-être qu’un jour, elle en aura marre d’aller d’une maison à l’autre : Nous en avons déjà parlé et sommes prêts à cette éventualité.

    Je suis bien consciente des réalités que tu décris; J’ai commencé un article sur le sujet d’ailleurs, mais je n’ai pas encore eu le courage de le finir et de le publier.
    Alors tout ce que tu dis est juste, mais je crois que c’est avant tout une question de qualité de rapports entre les parents 🙂

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