Billets d'humeur,  Nos chers enfants

Doit-on encore punir ses enfants ?

Je me pose cette question depuis quelques temps, doit-on encore punir nos enfants ? Enfin, la question est plutôt : A-t-on encore le droit de punir son enfant pour une bêtise, sans se faire traiter de mauvais parent, de tortionnaire psychologique ?

Le sujet et le débat associé sont très vastes, aujourd’hui la punition est vue comme une maltraitance psychologique. Classée dans la très « à la mode » V.E.O (Violence Educative Ordinaire), la punition est aujourd’hui le cheval de bataille de toute la toile, des réseaux sociaux, des spécialistes, et des parents parfaits.

(Je ne parle pas de la fessée qui est une maltraitance physique très claire, ni d’aucune autre forme de violence physique qui, en effet, ne sert à rien, si ce n’est à humilier son enfant, le faire souffrir et lui faire perdre confiance en lui. Eduquer son enfant par la peur et la douleur n’est pas être parent).

Je parle ici UNIQUEMENT de la punition type « coin » et interdiction d’utiliser un objet sur un temps donné.

Quelle différence entre punir et réprimander/sanctionner

Réprimander son enfant c’est lui dire que ce qu’il a fait est mal, lui expliquer pourquoi c’est mal, et lui apprendre à ne pas recommencer. Le sanctionner, c’est lui faire « réparer » son erreur (Il a déchiré votre livre ? Avec du scotch, il devra se débrouiller pour le réparer…)

Le punir, c’est lui soumettre une interdiction en rapport avec son acte. (Tu es puni de console, puni de sortie, puni de vélo…). L’enfant n’a donc pas accès à ses activités, mouvements ou jouets habituels, pour une période donnée.

Punir un jeune enfant ?

Selon plusieurs études, très clairement, avant 3 ans, l’enfant n’a pas à être puni, puisqu’on part du principe qu’il n’a pas acquis les bases de fonctionnement, les règles de vie de la maison, et la notion de « mal ». Après 3 ans, on estime qu’il est réceptif à ces idées (Cependant, il n’a pas encore la notion du temps, et le punir de son jouet pendant 1 semaine, par exemple, ne servirait à rien, puisqu’il ne sait pas combien de temps dure 1 semaine). La question ne se pose donc même pas pour les tous petits.

Le coin = VEO ?

C’est à ce sujet que les avis divergent, et que les débats peuvent vite s’enflammer. Doit-on considérer le coin comme une Violence Educative Ordinaire ? Mettre son enfant au coin, est-ce le conduire inexorablement vers un destin de rebelle, asocial et déscolarisé ? J’emploie des termes forts, mais à en croire les thèses du moment, c’est ce qui risque d’arriver si vous punissez votre enfant.

Quelles alternatives à la punition ?

L’alternative principale proposée est la DISCUSSION. Comprendre pourquoi l’enfant a fait la bêtise, qu’est ce qui l’a poussé à faire ça, dans quelles conditions, sur quel sentiment. L’écoute active, l’échange verbal, voire la reconstitution. Puis on répète les recommandations de vie à la maison, ou à l’école, en crèche.

Ok, pourquoi pas…Mais combien de fois ?

Je suis de ces mamans qui félicitent leur enfant pour les valoriser, qui ne lui diront jamais « j’ai honte de toi » ou « tu es vraiment nul »

Dans la vraie vie : (bref, mon avis…)

Dur dur d’être un parent « modèle » (du moins aux yeux de la société). Difficile de donner un avis tranché, sur certains sujets, sans se faire agresser. Impossible même parfois de réprimander son propre enfant en public, sans risquer de voir débouler quelqu’un qui vous fera la leçon (ce même quelqu’un qui pensera que vous ne savez pas éduquer votre enfant s’il fait une crise en plein supermarché et que vous ne faites rien). La critique agressive et le jugement sont partout, dans tous les faits divers, les petites photos personnelles, les citations, sans même, parfois, tenter de comprendre le fin mot de l’histoire. Combien de « super parents parfaits » ont pu écrire à quel point ils étaient « horrifiés » de lire tel ou tel sujet, à grands renforts de « c’est honteux », « je suis choquée », « inadmissible » ! Mais leur éducation est-elle si parfaite après tout ? Que se passe-t-il chez eux ? Cette hypocrisie 2.0 me met parfois mal à l’aise, et souvent, me rend dingue.

Alors bien évidemment, impossible de parler de « coin » sans vous faire lyncher de toute part aujourd’hui. (Une copinaute, Picou Bulle, a d’ailleurs été prise à partie à ce sujet, et y a répondu avec un excellent article dont je rejoins totalement le fond de pensée )

Et pourtant

J’ai choisi de continuer à mettre mon enfant au coin quand j’estime qu’il le mérite. Non pas pour l’isoler volontairement, gratuitement, et l’humilier, mais pour le faire réfléchir à son acte ! Je lui demande toujours pourquoi il a fait sa bêtise (en général la réponse est : « parce que » …ou « comme ça… ») Ensuite je lui dis d’aller s’assoir sur la marche de l’escalier, afin de réfléchir à ce qu’il vient de faire et aux conséquences (en employant des mots adaptés). Il ne nous tourne pas le dos, cela ne sert à rien (je ne suis pas adepte du « je ne veux pas te voir »). Au bout de quelques minutes, je lui demande s’il a compris à quel point c’est dommage, ou s’il a bien saisi pourquoi il avait été puni. Et croyez-moi, il a très bien compris le motif de sa mise au coin

Cela permet aussi d’instaurer un moment de calme, de faire retomber la tension ambiante, afin de pouvoir communiquer plus facilement par la suite.

Il casse volontairement le jouet de son frère, en lui souriant ? Je lui confisque le sien, pour lui montrer le sentiment que ça fait de se voir priver d’une chose à laquelle on tient. Ca ne dure jamais bien longtemps, mais j’estime que si je ne lui fais pas vivre ces émotions, il ne comprendra pas la peine qu’il a pu causer.

Ouvrir une cellule psychologique et moraliser pendant des heures, dès qu’une bêtise est faite, je n’y crois pas. Je crois en la discussion « préventive », je suis de ces mamans qui tentent de comprendre certains comportements, avant que cela ne dégénère, qui sont attentives aux sentiments de leur enfant, quels qu’ils soient, et quel que soit leur âge, qui écoutent (vraiment), et trouvent des solutions avec eux, je suis de ces mamans qui félicitent leur enfant pour les valoriser, qui ne lui diront jamais « j’ai honte de toi » ou « tu es vraiment nul », mais je suis aussi de ces mamans qui mettent au coin, ou qui punissent. Non pas pour se débarrasser de lui dans un moment de colère, mais réellement dans un esprit de mettre l’enfant face à sa bêtise.

Pour conclure

Je ne pense pas maltraiter mes enfants en les mettant au coin ou en les privant (très) momentanément d’un objet. Je ne reproduis aucun schéma de ma propre enfance. Je ne suis pas non plus ancrée dans les années 50, où l’on mettait un bonnet d’âne aux enfants à l’école, devant tout le monde. Je n’aime pas ce procédé. C’est de l’humiliation.

Je suis une maman de mon temps, et pourtant il m’arrive de mettre mes enfants au coin.

Maman de 4, overbookée, active ,et make up addict ! Billets d'humeurs, d'humour, coups de coeur et découvertes

20 Comments

  • Ma fille a testé pour vous

    Maman d’une petite fille de deux ans et demi, nous la la tons nous aussi au coin. Pas souvent, mais cela arrive. Heureusement notre fille ne fait pas de bêtises !
    Aujourd’hui, je vois beaucoup de maman parler d’endroit (pas coin) pour le retour au calme. Très franchement, je vois difficilement la différence, j’ai juste l’impression que c’est pour avoir une bonne conscience car l’enfant est forcément isolé puisqu’on lui demande de rester a un endroit où il ne veut pas aller…
    Quel est ton avis a ce sujet ?

    • queenofthetribu

      Mince j’ai posté avant la fin. Le.coin, donc, est utilisé chez moi à des fins de calme, de desamorcage de crises, et pour calmer l’ensemble de la maison. Coin ou endroit calme, la finalité est la même, l intention aussi 😊

  • Soa Couleur Café (@SoaCouleurCafe)

    Je ne les mets pas au coin mais il m’arrive de les priver des objets qu’ils aiment jusqu’à ce qu’ils comprennent la correction, pourquoi cette privation et quels intérêts de les leur faire comprendre. Je suis plus dans la discussion mais ne suis pas à l’abri des énervements et des petites punitions.

  • Picou

    Merci du clin d’oeil! Comme tu l’as compris je partage ton point de vue, pour moi mettre à l’écart ou au coin, ou confisquer un jouet n’est pas une violence tant que cela s’accompagne d’une explication et d’un dialogue, ce que je fais toujours. Pour ma part j’estime même qu’un enfant est capable de le comprendre avant ses 3 ans, au risque de me faire lyncher, mais l’essentiel ici est de comprendre son enfant et d’agir au cas par cas, selon l’enfant, son caractère, notre propre situation, et la situation amenant à la punition. Ca ne doit pas être systématique, mais rester le moyen de fixer une limite forte, et d’accompagner l’enfant dans la compréhension qu’il est allé trop loin. Après, libre à chacun d’adhérer ou non, pour moi dans le fond peu importe la méthode tant qu’on y a réfléchi et qu’on essaie de faire de son mieux – nous avons tous des avis divergents, et heureusement. Cette tendance actuelle à vouloir croire qu’il n’y a qu’une bonne route à suivre, et une seule, m’exaspère profondément.

  • gettinhope

    J’ai beaucoup aimé lire ton article .
    En ce moment je me renseigne beaucoup sur tout ce qui touche à l’éducation des enfants. Mais malheureusement je trouve qu’en ce moment que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les livres de spécialistes on culpabilise beaucoup les jeunes parents.
    Je ne suis pas adepte des comptes parfait tout lisse ou en apparence tout semble parfait . je ne crois pas non plus aux contes des mère parfaite Sur les réseaux sociaux.

    Je pense qu’un enfant comme tout être humain a besoin de faire ses propres expériences pour comprendre le monde est la société qui l’entour. Mais je pense que c’est aussi le rôle des parents d’être là pour les enfants lui expliquer ce qui est bien et mal ce qu’il a le droit de faire et ce qui est interdit .
    Et malheureusement je pense que tes discussions pendant des heures ne sont parfois pas efficace et ne prépare pas forcément à la vie adulte .
    ma fille est encore toute petite donc je n’en suis pas encore là. Je ne pouvais pas dire quel est le bon âge car je n’en ai aucune idée mais je pense que c’est important que lenfant est conscience que ses actes puisse avoir une conséquence .

    • queenofthetribu

      Je suis complètement d’accord, les réseaux sociaux sont une horreur pour les parents. Combien de fois ca me démange de répondre a toutes ces pseudo mères parfaites, et de leur proposer de passer une journée ou deux chez elles, histoire de voir comment ca se passe réellement

  • enfancejoyeuse

    Je pense que tu fais au mieux et avec tes propres principes. Dans tous les cas, tant qu’on explique à l’enfant, qu’on instaure une discussion et qu’on n’entre pas dans le schèma : « je suis l’adulte, je décide, tu obéis « , je pense que l’enfant est reconnu et peut apprendre.

  • Maman Lempicka

    Nous avons la même logique « coin »: pour moi, le coin sert surtout à isoler mon enfant le temps que je me calme, et en fait, le but c’est de l’envoyer ailleurs, peu importe où, en général c’est dans une autre pièce.
    Et je te rejoins tout à fait sur le fait que la prévention est bien plus importante que toute la sur-analyse éducative qu’on est censé mener à la moindre problématique familiale.

  • Little No

    Mais quel article rafraichissant ! Comme toi, j’ai vraiment la sensation que les parents n’ont plus le droit à la moindre erreur. Alors oui, l’erreur est humaine et un parent « parfait » doit être épuisant pour le parent et très difficile à vivre pour l’enfant qui va sans doute croire qu’il doit être parfait aussi.

    Nous sommes la génération de l’évolution où de nombreux courants (éducatifs, sociologiques, économiques) nous font changer notre façon de penser sans pour autant nous finir les outils avec ce changement. Bref, les parents, vous êtes bien courageux. Personnellement, je vais garder mes chats et ça ira très bien 😀

    Merci pour cet article, j’ai adoré le lire !
    A bientôt,
    Little No’

  • petitsruisseauxgrandesrivieres

    J’ai décidé de cesser de me poser des questions. Parce que j’ai un numéro à la maison qui est un grand artiste de la bêtise. Et que parfois, punir ou isoler est le seul moyen qu’il se calme (et que je me calme, surtout). Le dialogue fonctionne avec certains enfants, mais pas tous, il ne faut pas l’oublier ! Et à un moment il faut bien stopper les bêtises sinon c’est l’anarchie totale.

    • queenofthetribu

      Et je pense que c’est toi qui as raison. Il faut arrêter de se prendre la tête, regarder ailleurs comment ca se passe, et lire les récits des mamans«parfaites». Je me rends compte, au travers des commentaires ici ou sur ma page, que les écrits c’est bien beau, mais dans la vraie vie, on est tous pareils, on réprimande et on punit.

  • Mon train-train girly

    coucou ma catcat

    Un article au top ! Alors moi je râle beaucoup, mais pour en venir à la punition il faut vraiment que ça ai été loin. Pour ma grande je punissais bcp puis au fil des années et en ayant shéron je me suis aperçue que ce n’était pas forcement THE solution. J’essaie au maximum de faire comprendre, de discuter, expliquer … après à eux de comprendre ou non. C’est exceptionnel si je met au coin, mais ne suis pas contre, cela fait un petit moment de reflexion et d’apaisement.
    bisous

  • shureilya

    Coucou, je te rejoins dans ton idée de fond, le ton est après tout de savoir adapter la « punition », la sanction,à la bêtise qui a été faite. La violence ne résout vraiment rien avec les enfants, c’est vrai… Merci d’avoir bordé le sujet 🙂

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